vendredi 17 mars 2017

La Fibre dans l'Art (Fiber Art Fever)

Paty Vilo, artiste textile qui préside le collectif Fibert Art Fever http://www.fiberartfever.com/ (1), a eu la gentillesse de nous faire tenir La Fibre dans l'Art http://www.fiberartfever.com/2016/04/catalogue-2016.html, le catalogue publié courant 2016, et sur lequel je souhaitais me pencher depuis. Je pensais pouvoir sélectionner une ou deux artistes préférées, et faire un papier dessus. Mais ça ne s'est pas du tout passé comme ça. 

Il faut d'abord parler de l'objet, fruit mérité d'un travail considérable. C'est sobre, net, vernis mat doux au toucher pour les couvertures et photos brillantes de qualité pour les oeuvres Format carré, maquette claire, tout est au service de la présentation d'oeuvres qui ont intrinsèquement de fortes tensions visuelles.
Le contenu est organisé méthodiquement. Chaque artiste dispose de deux pages en vis-à-vis, et sur chaque page, une oeuvre.
Les commentaires sont renvoyés en fin de volume, avec une fiche minimale de présentation par artiste. Enfin un système d'index reprend les rubriques de la fiche. On peut ainsi retrouver qui a pour thématique " la mémoire " (sans doute la grande gagnante) ou qui utilise le verre comme matériau. Ce genre de classement a toujours ses limites, mais c'est bien utile, et c'est là aussi le fruit d'un :vrai travail.

C'est à la fois beaucoup et peu. On souhaiterait plus, bien sûr, mais pour une quarantaine d'artistes présentées, on arrive déjà à une centaine de pages, et la présentation succincte de l'artiste comprend une profession de foi minimum, les matériaux utilisés, et les bienvenus renvois vers les contacts sur le web.

Comme je le disais, mon intention était de feuilleter le catalogue pour en extraire une artiste dont le travail me parlerait plus particulièrement. Ce qui s'avéra difficile à mettre en oeuvre, tant le niveau de chacun des oeuvres met au défi de procéder à une sélection qui placerait de facto les autres hors les murs. Même aux affinités près, on a affaire à un panorama de l'art textile de France (et un peu autour) qui est cohérent par la qualité des oeuvres proposées.

Globalement, la qualité artsitique est de haut niveau, même si on espère ci ou ça. J'ai appris à faire la part de mes frustrations et celle de l'état de l'art.

On peut d'ailleurs s'en convaincre en voyant le nombre de photos prises lors d'expositions. La qualité de réalisation des oeuvres est étonnante, les installations sont impeccables, et le tout est à la hauteur des ambitions artistiques. Ce catalogue est une fenêtre ouverte sur une magnifique expo d'art textile, où une belle part des tendance est représentée.

On décèle quelques courants, on y reviendra avec le numéro d'Art T'ension comportant un dossier textile  Dans les influences, Annette Messager ou Louise Bourgeois ne sont parfois pas loin, mais on ne saurait reprocher à de telles figues tuélaires de circuler dans les couloirs. De là à dire que c'est souvent " intimiste ", couvrant un horizon de préoccupations allant de moi à moi-même, c'est peut-être une loi du genre, ou encore lié aux choix de sélection du collectif, quitte à risquer ce minimum de commentaire, qui me laisse sur ma faim (2)

Il reste donc à augmenter cette première impression en partant explorer les sites web des artistes. Les meilleures choses prennent du temps pour être découvertes, comme celles qui étancheraient mon inextinguible soif de réflexion. On peut pas tout dire en deux photos et deux phrases, et un catalogue n'est pas fait pour abriter des mémoires.

On se demande toujours si ce commentaire gît quelque part, fût-ce dans l'esprit de l'artiste. Ou bien tout cela consiste-t-il à poser des choses, à juxtaposer, en suivant l'inspiration, jusqu'à ce ce " ça parle", et que la matière se plie enfin aux volontés de l'artiste. (3)

C'est ce que nous allons tenter de découvrir. Pendant ce temps là, je vous recommande d'acquérir ce catalogue, un must have pour toute personne qui s'intéresse à l'art textile contemporain. Même s'il n'en représente qu'une partie, cela nous laisserait espérer une seconde édition, plus étoffée. J'espère ainsi que nous voyons ici la naissance d'une longue fratrie de volumes constituant une référence en documentation de l'Histoire de l'Art.




(1) Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi sur mes autres blogs, je répète maintenant les liens en clair. C'est un peu lourd visuellement, mais cela permet de ne pas priver les versions papier de leur utilisabilité.

(2) Je sais qu'exposer cette intériorité si précieuse qu'est moi-même, et les arcanes de ce passionnant trésor, les buissons cachés de son labyrinthe végétal, constitue le socle de la majeure partie de l'art contemporain (en quantité), il n'y a donc rien à redire à cela. C'est juste que j'ai grandi à l'ombre des Donald Judd, des Lawrence Weiner, et autres grands ancêtres comme Tzara. Dans un cas comme dans l'autre, qu'il s'agisse de réfléchir ou de s'amuser, parle de soi ne " suffisait pas ", j'ai donc du mal à m'y faire, simplement.

Je me comporte comme un enfant le jour de Pâques, je soulève le moindre pot de fleurs, espérant découvrir dessous quelque gourmandise emballée dans le papier doré du discours. Si à la fin, il est un peu déçu, c'est bien fait : peut-on reprocher au monde de n'être pas comme on le souhaite. Mais bon, il semble que la valeur de cette ipséïté, peut-être parce qu'elle est récemment devenue une conquête sociale de masse, vienne de sa découverte même. Je m'autorise à être artiste en tant que femme, et le frisson de cette liberté récemment conquise, suffit à légitimer le contenu de l'exhibition. C'est un peu ce que fut le phénomène bikini dans les années 70. On exposait ce qu'on s'empresse de cacher aujourd'hui, parce que l'interdit venait d'être levé et que les bonnes raisons reprennent le dessus. Nous assistons peut-être à l'aube de l'art textile féminin, avec ce paradoxe qu'il puise ses racines en tant qu'artisanat, au féminin même. Ou alors ce n'est pas le jour de Pâques. C'est ça, j'ai dû me tromper de jour.

Débarrassé du " Regardez, c'est moi qui l'ai fait avec des coquillages", qui rappellent parfois les animations d'ateliers de TAP, j'attends avec impatience un féminin qui n'hésiterait plus à prendre sa part d'une réflexion décloisonnée du " Voici mes émotions, Seigneur, déposées à tes pieds.", à partir au vent du grand large. Mais bon, c'est ainsi, il faut que m'y fasse.

(3) Je me demande si, en tentant une synthèse qui est toujours plus facile a posteriori que pour son époque, le maître-mot de ces démarches ne serait pas " détournement". Cela m'est venu en lisant, sur un site de vente d'artisanat en ligne, la fiche d'un objet ainsi rédigée (je caviarde) : " Détournement d'une chaise [...] en étagère :[...]
Chaise découpée,[...] (pour garder la patine naturelle) et au final, cirée ; Une barre centrale pour poser serviette ou gilet ; Les 2 barres de côtés peuvent servir pour un gant de toilette,[...] Quelques "patchs"  (sic) en liège et en tulle ont été posées pour déco ; L'assise en paille a été vernis ;(sic) Une ancienne partie de serrure a été fixée en hauteur pour y poser stylos, marque-pages, pinceaux ou accessoires de maquillage ; [...]

Je me suis dit que finalement, tout était "détourné", là-dedans. On garde la patine naturelle, on récupère ce que les matériaux véhiculent de noble, de passé, d'émotif, et pour le reste, on détourne,les pièces, les serrures, tout. Nous vivons dans un monde de menuiserie en plastique et en alu, et on vénère le bois et le métal qu'on peut récupérer, ne serait-ce que pour leur " patine". C'est le steak de Soleil Vert... 


Et là, j'ai fait le lien. Tout ici " peut servir " à, et tout peut servir d'oeuvre d'art. Je récupère du bois, du verre, du fil, du tissu, je les assemble en les détournant de leur usage primitif. Le fil qui sert à coudre, je le " détourne ", le tissu qui sert à se vêtir, je le détourne, j'en fais des tas, les peluches qui servent à consoler les enfants, je les détourne, j'en fais des fétiches de victimes. Idem pour les techniques. Le crochet qui sert à faire des napperons, je le détourne pour en faire des maisons suspendues. Je détourne la déco pour en faire de la déco, je détourne la carte postale pour en faire une broderie, la broderie pour en faire un portrait, le portrait pour en faire une poupée, la photo pour en faire de l'appliqué, l'appliqué pour en faire un tas de photos, le tas pour en faire des boules, les boules pour en faire des tas, des coulées qui pendent, des fils tendus, d'où pendent des tas de boules, à l'infini je " détourne".  
A l'infini je remplis les salles des presbytères abandonnés, des biennales organisées pour attirer la manne touristique.

Mais où aboutissent tous ces tournants ? La fuite en avant de ces détours, pour arriver où, pour dire quoi ? Comme dit un critique dans le numéro d'Art Tension, " une impeccable maîtrise technique, et un manque de propos". On m'objectera qu'il n'y a rien à dire, et que tout ce qu'il y aurait à dire en la matière pue. Ok, ce n'est pas complètement faux non plus. Ce n'est pas parce que j'ai du mal à danser en rond qu'il faut que je critique ceux qui le font bien, ok.

Récupération et détournement sont les mamelles de l'art contemporain. On prend ce qui traîne, et on tente de faire oublier son vrai  visage en le frottant, comme la clef de Barbe-Bleue, donc on le " détourne ". On se détourne de son humble origine, on oublie qu'on l'a tiré du ruisseau. Comme dans My Fair Lady, on s'extasie sur les progrès qu'il fait en devenant oeuvre d'art. C'est une sorte de mise en musique dépenaillée des préceptes de Duchamp, accommodés à la sauce congés payés... La démocratisation qui suit l'appropriation. C'est vrai que c'est lui qui a ouvert ça, l'art caddie de supermarché. Je prends ce qui m'arrange dans le rayon, et ça fait un repas.Ce qui pose la question de savoir si la chaise telle qu'elle était n'était pas mieux.

lundi 14 novembre 2016

Salon Toutes Fibres Dehors 2016

Vous savez que notre équipe de rédaction est au service de l'actualité la plus brûlante, aussi interrompons-nous la série de nos articles sur les créateurs (qui sont toutes des créatrices, mais tant pis pour vous, les gars), pour vous faire tenir les photos de notre visite au salon Toutes Fibres Dehors, organisé par l'association TMAB, et qui s'est tenu cette année à La Gacilly. 

Vous pouvez faire la balade en flâneur sur  l'album complet des photos, et pour les allergiques à Flickr, il y a la page Facebook, mais je vais vous en commenter quelques unes. 

Il faut que je dise un mot des photos. Je suis un exécrable photographe, certes, mais, à ma décharge (1), les conditions de prise de vue étaient rendues difficiles par un contre jour mortel provenant des vitres en hauteur. J'ai pallié comme j'ai pu, mais j'en suis désolé, vous verrez souvent des flashes blancs sur les images, quand je ne pouvais pas me positionner autrement.

J'ai essayé autant que possible qu'on voie la marque dont les produits étaient exposés, avec si nécessaire une image dédiée.

La matière dominante était donc la laine...



Ci-dessous le stand des Toisons Bretonnes, un des piliers de l'organisation, que nous avions vu à St Thélo cet été, et dont on vous avait parlé à l'occasion de la journée des tisserands à Bécherel.


Ci-dessous le stand de l'Atelier aux Pies, qui travaille la laine de lapins angora chouchoutés par leur maîtresse 




Et, la matière dominante étant la laine, le travail dominant était celui... de la maille. 







Il y avait pas mal de vêtements, ce qui n'était pas tricoté étant souvent constitué d'assemblages, de chutes de tissu, de récup. 



Cela donne un style brouillon, coloré et gai qui me plaît beaucoup. D'autres avis disent que l'oeil est saturé par de tels assemblages.




 Cela doit venir de ma génération " She's wearing rags and feathers from the Salvation Army counter...".

On trouvait aussi des tentures, sacs et accessoires, là bien sûr souvent en tissage.


Sur le stand de Rouge Bobine par exemple, de bien belles écharpes




on a relevé une tentative particulièrement heureuse d'approche ikat. Le fil de trame est donc teint sur des longueurs qui ont une proportion respective à la laize, ce qui donne des motifs dans le sens de la chaîne.(ici de bas en haut).



C'est magnifique, et pour une fois, la photo accentue l'effet ikat.

Dans la série des copains, sur qui on ne peut pas faire de compliments, il y a le stand de Claire et Jacques Aubert



et celui de Brigitte et Bruno Vicquery, qui ont un site pour les cadeaux de Noël

Côté Bruno :




Ce sont des figurines adorables, feutrées à la main.




Côté Brigitte, des châles, étoles... :




L'attention que portent ces artisans à la qualité de leurs réalisations est admirable. Pour ce qui est de Claire, on me dira que c'est normal, en tant que tisserande professionnelle, que son travail soit soigné. Certes, mais je tiens à souligner ce fait. Le dévouement à la perfection de son travail, les efforts consentis, dans tous les domaines de la vie, pour que ces objets soient si impeccablement réalisés demandent un engagement qui m'impressionne toujours.

Pour ce qui est de Brigitte et Bruno, ils élèvent leurs alpagas. Là aussi vous allez me dire que le supplice de l'employé de bureau, c'est d'affronter la monotonie de sa cage, de son écran d'ordinateur, et de son petit chef. Et que pour qui les aime, élever des bêtes n'est pas un fardeau. Certes mais il faut le faire.

Ils payent cher cette liberté, et comme le disait un camion sur le parking, ils sont " fiers d'être artisans". Trop de gens passent devant les stands, trouvent ça " magnifique ", les félicitent de " faire revivre les vieux métiers" (si, si), mais quand il s'agit de soutenir financièrement ces entreprises, on préfère acheter en Chine, bien sûr. Elle a bon dos " la crise " ;)

Bon. Je sais qu'un compte-rendu de visite peut se dispenser de considérations sociales, mais tout de même, je me sens obligé de monter sur ma boîte à savon pour un petit mot en la matière.

On ne peut évidemment parler de tissage en Bretagne sans mentionner Maître Lesteven, toujours très entouré. 


Notons que l'Atelier des Fils de l'Arz est spécialisé dans les tissus de reconstitution historique, ce qui converge avec certains de nos projets dont nous espérons parler ici bientôt.


Quelques mentions pour des techniques plus rares, d'abord la tapisserie :



Ensuite le Nuido. Eh bien oui, le Nuido était présent, et c'est tant mieux que le public puisse prendre conscience de cette technique de broderie traditionnelle japonaise, qui nous est chère.

Le stand de Marie Morice-Dan, professeur agréée par la JEC, qui maintient dans le monde la qualité de cet art séculaire.



est un véritable écrin de bijoutier


Je mets quelques oeuvres en vrac. Certains modèles comme la geisha vous sont peut-être familiers parce qu'on les a vus travaillés par Lydie.


C'est bien sûr, à voir en vrai et de près. 







Juste avant de sortir, un stand de sacs et accessoires en lin.



Je mentionne Les Petites Bobines, parce qu'elle animait des ateliers gratuits pour les enfants, une heure à leur faire réaliser une pochette, c'est une bonne initiative. 

Comment, avec du lin et des chutes de liberty, faire la soudure entre l'art et sa relation aux autres à condition d'y passer un peu de temps. Les filles ont fini la pochette le lendemain avec maman, elles ont gardé la pochette pour mettre leur carte de cantine et autres, elles ont bossé sur leur objet qui leur fera un souvenir de ces lieux et de ces temps, je me permets d'énumérer à nouveau les si grands bienfaits d'un si petit geste. 

Si petit, dites-vous, et pourtant la dame qui animait l'atelier, à la fin de la journée, ne tenait plus debout à force d'avoir mis son ouvrage de point invisible à la hauteur des yeux des enfants. Ces petits sacrifices ici et là dans une salle municipale un jour férié, ces petits fils qui soudent les parents et les enfants, le tissu social, tout ce que l'art textile peut nous offrir, si on l'aide un peu à ne pas mourir, au lieu de se lamenter sur le thème " les enfants et les écrans". 

J'ai envie aussi de dire un mot sur l'art textile et les " arts textiles " que j'ai vu ici présentés. Je cherche le " missing link " un peu comme on cherche comment l'hominisation a pu se frayer un chemin parmi les hautes herbes où les espèces animales vivaient.

Si indéniablement, historiquement et matériellement, l'art textile est issu de ces pratiques artisanales, les exigences qui leur sont appliquées varient d'un individu à l'autre. On en restera là pour le moment, je reviendrai sur la manière qu'ont ces techniques de servir de terreau à l'art textile.  Ce qui fait le lien avec d'autres réflexions. Je suis d'ailleurs content que les circonstances m'aient permis de caser cet article entre celui d'Erika, et celui à venir sur Bernadette. 

Bien, pour finir, le salon se cherche un point de chute pour l'édition 2018, donc avis aux villes bretonnes.


(1) Une autre chose curieuse est que mes photos ont une bien meilleure tête sur FB, et ce n'est pas la première fois que je le remarque. Blogger serait-il un mauvais afficheur d'images ?

jeudi 20 octobre 2016

Risque de rayonnement (ce qui est en train d'arriver) - Erika Bournet-Delbosc

Ces deux formules que j'emprunte à Erika Bournet-Delbosc nous serviront à entrer dans deux dimensions, l'espace et le temps de son oeuvre.

Découvert à Détissages 2016, ce travail prend les libertés que l'art du XXème siècle lui a données. Conquises pour créer des jours dans le tricot, dans le fil du temps. Puis réunir, et pour se situer.

Il fallait  être léger pour parcourir ce pays tissé, tricoté, délicat, se laisser guider par des fils, ou des traces dans l'herbe.

J'ai reconstitué à cet effet une entrevue imaginaire, aérienne, décousue de fragments, espérant en faire un portrait.

Apparaissent d'abord des photos, et des mots qui donnent des lignes. Laissons filer l'écoute, sans s'arrêter en chemin, pour mieux faire le tour. C'est alors la laine qui embrasse les troncs et les branches, qui court sur les murs, sans s'y arrêter. Les papiers tissés fixeront pour un instant cette danse.


Un fil, le bras, une image

Partons donc d'ici :" Beaucoup d'images, certaines écrites, d'autres figées. Photographiques."

C'est à la fois " le côté abîmé du décor ", et l'âme en chemin. A la fois ce qui est effondré, là dans le fossé du temps, et ce qu'il faudra pourtant reconstruire à l'identique, ou mieux. C'est parce qu'elle englobe le reste.

Sir la ligne de front du geste, lui revient l'initiative du mouvement : 

" J'en arrive donc au cadre. Ma première appréhension du monde est visuelle. Mes premiers émois, photographiques et cinématographiques. 


Tout ceci, ne serait-il donc pas un joyeux prétexte pour faire de la photographie, habiter un cadre, des cadres. Agencer, installer, amorcer, des images dans l'image.

' Courtiser le temps ' comme l'écrivait si délicatement Charles Juliet avec Claude Lagoutte.  Dans la lignée, d'artistes tels que Patrick Tosani, Joan Fontcuberta, Denis Roche, ... "


Patrick-Tosani-Self-portraits-1985.jpg
Patrick Tosani "Self-portraits" -1985

"Sur l'image qui manque à nos jours"

http://www.arlea.fr/Sur-l-image-qui-manque-a-nos-jours

"L'image voit ce qui manque. Le mot nomme ce qui fut.

L'art cherche quelque chose qui n'est pas là.

Si le désir est l'appétit de voir l'absent, l'art voit l'absent." 

Pascal Quignard


Passage entre la définition qui anonce ce qu'une chose doit être, la chose elle même qui échappe à sa définition, et l'image de la chose, qui échappe aux deux premières. Une interrogation propre à l'art contemporain, dans son rapport à la réalité. Sophie Calle, par exemple : vraie personne d'une part, film qu'elle se fait d'autre part, et enfin le livre qu'elle donne au spectateur, comme la part publique que donne la performance.


" Enfin à quoi ressemble l'image restituée ? Que donnons-nous à voir ? Ou à ne pas voir ? Cees Nooteboom dit ne pas vouloir avoir quelque chose entre lui et ce qu'il voit. "

Je dis vouloir tendre un fil, le bras, une image, pour me relier à ce que je vois.

"Je suis toujours à la limite entre quelque chose qui n'est pas de l'art et quelque chose qui aurait à voir avec l'art. " 
Allan Kaprow

"Ainsi l'art est peut-être l'imitation de la vie comme elle est ressentie intérieurement (mais en en étant conscient aussi). Copier la vie peut simplement etre le fait de vivre en portant attention à ce qu'on fait. Aussi un art de cette sorte est de l'ordre de la compassion (sans que cela soit garanti). 
Allan Kaprow

Viennent la laine, la terre et l'arbre.


Et de là, un mouvement se dessine. Hors du cadre, vers l'extérieur. Dans sa volonté de faire demeure, la laine arrive.

Sérénade à trois


La terre


" Qu'y a t-il entre ? Papier et laine? Cellule et grand espace ?

Du temps. Beaucoup de temps. De terre foulée. Marquée parfois.

J'ai progressivement quitté ma cellule pour battre les chemins.



( Or " Il existe 27 idéogrammes, 27 papier-tissés, il n'en existera pas d'autre. Les suivants ne seront que des combinaisons des précédents." )

J'opère un glissement. D'un langage graphique, à un langage corporel. J'ai de la terre sous les doigts, de la mousse dans mes ourlets, des stries de ronce sur les mains, des brins multicolores dans mes poches, des aiguilles à coudre piquées sur mes pull-over. "


Nou allons parler de land-art. Nous n'avions jamais abordé ici ces questions de la laine en extérieur, du yarn-bombing et autres pratiques. Et voici que l'occasion nous est donnée.

1, 2, 3 Soleil 

Le travail textile d'Erika ne peut pas être étiqueté " land-art " aussi simplement, du moins pas pas en tant que partie du mouvement (elle est trop jeune) ou de l'école (à laquelle elle n'appartient pas), ni " dans le sens, où la plupart, de ces artistes étaient sculpteurs. De la sculpture, je n'ai que la mollesse, bien que je sois toujours en tension. "

Reste que ses oeuvres peuvent être associées au land-art, non seulement visuellement, mais dans une démarche,


" dans le sens où j'utilise le paysage comme support/châssis et comme matériau/point (de vue). Un mouton passait comme cela arrive parfois, tout d'azur vêtu.

Dans le sens, où le déplacement du regardant est inhérent à sa réception de l'ouvrage. D'autant plus si il essaie de reconstituer la phrase brodée sur les voiles ou "jacquarisée" sur les corsets...

Dans le sens, où la nature est induite à l'intérieur de l'ouvrage, de sa plasticité éphémère, de sa décomposition progressive, de ses possibles mutations... Pillé, décoloré, mité, ...

Dans le sens, où mon corps tout entier, l'espace occupé et traversé par celui-ci, le temps et le chemin parcouru font oeuvre.

Dans le sens, où l'ouvrage existe de part les histoires que je me raconte.

Dans le sens, où l'idée, mes histoires, mes gestes, l'acte de, mon intention, priment sur la réalisation concrète de l'ouvrage.

Dans le sens, où je cherche à obtenir le plus d'effet en minimisant les moyens.

Dans le sens, où je ne cherche pas à m'imposer au site que j'arpente mais plutôt à l'exposer.

Dans le sens, où subsiste une image/témoin photographique de mes interventions.

Oui, dans le sens où je tends à initier un mouvement qui se répande et m'échappe.

Dans le sens, où au milieu du tumulte, je tente de dessiner une sorte de ligne de démarcation derrière laquelle ou sur laquelle, je fictionne le réel, je laisse filer mon temps, je flâne, je me laisse aller aux sollicitations du paysage, je dérive et je résiste.

Dans le sens, où je lie, je monte, j'agence, où je ne tiens qu'à un fil, au point où s'entrecroisent ma fiction et vos réalités. Mes ascendants sont John Heartfield, Rodchenko, El lissitzky, Roman Cieslewicz...

Dans le sens où je cherche une "image/témoin concise comme un geste, qui fasse signe comme on hèle, qui frappe comme une arme ou une note, nette dans sa fréquence et dans l'immédiateté d'un appel."

Je cherche une sente atténuante où dé-marcher.

Je cherche à capter et à détourner des parties de réel dans l'espoir d'habiller un paysage hors limite où conflueraient imperceptible verbe, imprévisible point.

A aller de l'urgence du moment à cette inattendu lumineux, venu de plus loin. "



Révolution de fleurs
Cette parenté avec le land-art est ancrée dans l'immémorial. Elle est l'espace du monde.  Je cherchais la bande de terre qui reliait les lignes du land-art à la main d'Erika.

Murmures


" Un geste d'enfant, une main qui redessine l'espace, ses limites, frôlant les hautes herbes. Munis d'un bâton, le long d'une grille. Une main survolant un mur de pierres sèches couverte de laine.

Parce qu'il fut un temps où les cieux se reflétaient dans la pierre. Un temps où l'on lapide les impies, les pécheurs, les réfractaires, les forces de l'ordre... Un temps où l'on monte des murs pour contraindre les déplacements du vent. Des réfugiés, des fugitifs.

Un temps où les pierres semblent adoucies, où les pierres ainsi coloriées indiquent la brèche.

Le temps de brandir ses couleurs, ses fleurs face à l'oppresseur, ses armes. De mesurer les risques, de soulèvement des sept voiles, du masque. De se mouvoir sans être vu.

De voir la chose, les choses, devenir comme la possibilité d'un démêlé.

Parce qu'avant que d'installer un quelconque ouvrage, c'est bel et bien moi que je recouvre de mes lainages. Que j'ensevelis sous la fibre, progressivement, au fil de mes aiguilles.
Puis que je re-découvre. "

La laine permet d'étirer son corps, de l'étendre au monde, de s'enrouler dedans, et de redérouler, à l'infini dans un va et vient qui n'a pas de limite.

Masques

La laine n'est pas seulement un matériau docile, elle sait être précise. L'exigence est intense dans ce travail, immense le don de soi. Offert là, ce qui est à l'oeuvre comme cadeau à l'autre, de bienvenue, offrande préalable. La mesure de l'échange . " Je vous donnerai mon ciel".

" Je vous donnerai mon ciel "

" Je déroule une pelote dont je ne détiens qu'une extrémité. L'avantage ou l'inconvénient du papier, c'est que j'en connais ses finitudes.."

Ce qui m'intriguait justement, ce sont les rapports entretenus par la laine, en extériorité apparente, toute en " dehors", et la minutie repliée des papiers tissés, il devait y avoir un isthme, le pont par où ces deux territoires communiquent.

Pin circus


" Je dis vouloir tendre un fil, le bras, une image, pour me relier à ce que je vois. "

Dont acte :

" Je suis aussi munie d'aiguilles d'un mètre de long. Je rame. En quête de l'Autre. Du monde. Je maille une écriture propre, louvoyante.

Je réplique. Je repique, espérant ainsi repriser l'inimaginable. "


Ancrer une question dans une autre, toujours en mouvement

La grande illusion
Le Je qui est là, exposé au risque du rayonnement appelait un langage de l'essentiel, du soi ouvert à et ramassé sur soi.


Risque de rayonnement


Tisser du papier


" A l’origine, je suis collagiste photomateuse. Dans la lignée des dadaïstes allemands, j’ai revendiqué un collage engagé, une image recomposée, telle une arme.

Après avoir imaginé de multiples manières d’assembler, de détourner, des images figuratives, j’ai furtivement dévié vers l’abstraction. Le geste m’est apparu soudainement plus important que la représentation. L’acte, qui deviendrait celui de tisser des images, de fragmenter du texte, des champs colorés jusqu’à l’illisibilité du contenu premier. La disparition de la colle au profit du lien, celui qui consiste à entremêler plutôt qu’à superposer, joindre, confronter...

J’en viens donc naturellement aux papiers-tissés en opposition aux images-collées.

Après avoir travaillé des formes pleines, je taille dans la masse, j’épure, restent, à ce jour, 26 idéogrammes.

Il s’agit de bandes de papier journal récupéré, principalement Le Monde diplomatique et Courrier international, choisis pour des raisons tant éthique, et esthétiques, que pratiques. Ces bandes de 2mm environ sont découpées aux ciseaux et tissées du bout des ongles.

Enfin la pièce est exposée entre deux plaques de verre serties d’une baguette rainurée en métal soudée au plomb, technique inspirée des vitraux. Ainsi l’idéogramme tissé, selon les variations de lumière, danse sur le mur contre lequel il est fixé. "


L'art textile traditionnel japonais connaît une technique, appelée Tsume Tsuzure (" Tissage aux ongles"), qui relève d'un do (voie). Voir l'annexe en fin d'article.

Parvenu à ce point du parcours, il me manquait un mot, une sensation, qui relie les oeuvres qui m'onr donné l'impression qu'en elles, et par elles, s'opérait un ancrage, une façon de se situer, se repérer, se fixer.

Au loin s'en vont les nuages

Points de repère dans le paysage, endroits ressources, refuges, points cardinaux.

Points d'ancrage furtifs

Phytolumen

Dialectique, redite : " Tandis que le papier souligne, je file à perte de laine... c'est bel et bien moi que je recouvre de mes lainages "


Fixer, pour la résoudre, une tension, jamais très loin tapie derrière l'apparente souplesse des matériaux.


Persécution


Une " écriture propre ", la conquête de soi


" Bâtir des digues ou creuser des canaux, telle est une des questions ? Contenir ou conduire ? Contenir pour faire jaillir ou conduire pour alimenter la forme que l'on se fait de l'idée ?

Et si à croire que l'on recouvre, que l'on pare, que l'on voile, on pansait.

Que panserait-on ? La blessure originelle, la faille intentionnelle, la part manquante ?

Je n'ose énumérer les outils auxquels nous avons recours pour parer nos manquements.

Freud jubile. Lacan se gausse. Lucio Fontana incise. Claude Lagoutte reconstitue.

Au commencement, il y a le verbe. Enfin je pense. Je n'ai pas de corps. Je ne fais corps avec rien. Agencer, entre-croiser, superposer, tisser, ces papiers implique forcément qu'une partie en soit dissimulée, reste à savoir laquelle...

Pourquoi choisir de dissimuler une partie, du texte, du mot, de l'image, par un autre, une autre (hormis pour des raisons techniques), pour confondre, décoller, jouer, dégager, détourner, détourer la réalité.

Mon rapport au papier est intellectuel, conceptuel, le tissé est tassé, maîtrisé. Il s'agit de griffures, de ratures, de rébus, de lignes de fuites, de gardes-fou, d'une langue imagée.

Mon rapport à la laine, instinctif, animal. La maille est lâche, extensible, elle permet à la lumière de s'y glisser. Elle ceint délicatement celui ou celle qu'elle enserre.

Ce sont des mues. Des révolutions sourdes. "


S'approprier un corps par le geste autour du fil, dans le fil, dans le texte et le tricot. Le textile; signe de son propre corps, et d'un agir en mouvement. Présence, signe que quelque chose est arrivé entre soi et le monde.

Le commencement

Puis, à son tour " the artist is present ". Reste à dire cette expérience, ce tour de force dans l'errance qu'est la présence.

L'errant

Les tissages de papier comme des pictogrammes, parfois titrés comme tels, parfois comme des idéogrammes. Disant le lieu et le temps de cet événement, dans une langue qui manquait pour " cela ".

La dispute
Le pardon
Comme une funambule tenant dans son balancier, de haute lutte, et de joie, sur les branches, cette marche conquise.

" - Et parfois la branche ploie. S'arque et me projette ailleurs....

L'important n'est-il pas d'acter une sente pour traverser l'existence de manière sensible, de donner forme à sa vie depuis le comment ceci ment. Comment ce ciment. "

J'aurais aimé en conclusion, ce mot qui m'avait été donné par les aiguilles de papier. Suspendre le temps pour permettre à la féérie de redessiner les images : Fixer. M'est alors revenu " Fixer des vertiges ".

" Oui, du moins je tends vers... Tenter de figer, un instant, cette imperceptible ' petite danse ' ".

Reste que finir là-dessus aurait été trahir la démarche d'Erika, on ne peut que la laisser repartir " caracoler d'état d'urgence en état de siège ". L'arrêter, c'est la trahir, même si pour prendre un instantané, on freine un peu, et nous espérons que la photo aura quelque intérêt.

Alors, suspendre le temps, arrêter, ou ordonner et redessiner l'espace ?
" Les deux. Je suis le cyclone et l’œil du cyclone ! "

(1) Les appellations (" limousine ", " basco-béarnaise "...), parfois portées dans le cartel, réfèrent à la provenance de la laine, qui fait l'objet d'une grande attention.

" L'approvisionnement est fait auprès de sources très privilégiées. Lorsque la quantité est relativement importante, j'ai recours à une filature limousine, sinon certaines toisons on été filées par ma mère, voire teintes, telles que celles utilisées pour Je vous donnerai mon ciel .


Expositions


- L’Eté des arts. Labastide d’Armagnac

- Alios. La Teste de Buch

- Points de vue. Quinsac

- Explosition. Saint Paul en Born

- Phytolumen. Parc Ecologique Izadia. Anglet

- Pin circus. Floralies de Garein

- Aux arbres et caetera. Festival de l’arbre. Sabres

- Jachères fleuries. Office du Tourisme. Caussade

- Le temps. Musée d’Archéologie et d’art. Soulac-sur-Mer

- Centre du Graoux. Belin-Beliet

- XIème Exposition de Photographies. Lacanau Océan

- Réa. Amicale Laïque Montoise

- Exposition d’arts dare. Chapelle des Capucin. Bordeaux - Médiathèque. Pissos

- Trait d’union. Maison de la photographie Félix Arnaudin. Labouheyre

- IVième Salon des Indépendants de Saint-Jean-de-Luz

- XVIIième Salon des Jeunes Artistes. Mont-de-Marsan

- XVIième Salon de Peinture Sculpture. Mont de Marsan

- Cinéma l’Entracte. Mugron

- L’Estran. Saint-Médard-en-Jalles.






Références et bibliographie (donnée par Erika)

" Tchékov dit que quand on raconte une histoire, on ne devrait pas montrer la vie comme elle est, ni comme elle devrait être, mais comme on la voit en rêve. "

Un livre d'artiste : "Histoires vraies" de Sophie Calle

Une oeuvre : "One and Three Chairs" de Joseph Kosuth

Une performance : "The Artist is Present“ de Marina Abramović
Deux chaises face à face, l’une accueillant l’artiste, l’autre le public se relayant, pour un échange, les yeux dans les yeux, en silence. Durant trois mois - chaque jour d’ouverture - l’artiste est restée quotidiennement assise sept heures et demi sans manger, boire, ou se lever.

Une oeuvre : "Sculpture in Three Parts" Chris Burden
http://www.artperformance.org/article-sculpture-in-three-parts-chris-burden-1974-112265412.html


Trois ouvrages :

La photographie est interminable Entretien avec Gilles Mora Denis Roche
http://www.seuil.com/ouvrage/la-photographie-est-interminable-denis-roche/9782020962742

Impressions fugitives, L’ombre, le reflet, l’écho de Clément Rosset
http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Impressions_fugitives-2245-1-1-0-1.html

Claude Lagoutte 1935-1990 Robert Coustet
http://www.editions-william-blake-and-co.com/spip.php?article5810750

« ETRE ARTISTE EST UNE UTOPIE, UN ACTE D'AMOUR » Pina Bausch


Joan Fontcuberta Herbarium Braohypoda.jpg
Joan Fontcuberta "Herbarium Braohypoda"


Annexe

Le Tsume-Tzusure (Tissage aux ongles), art textile traditionnel japonais

Extrait d'un reportage à la "Kiyohara Orimono Corp." (Japanese Artisan Tour, courtesy Ichiro San)

Technique detail

'Tsume' means 'nail', and weavers use their nails for 'tsume-tsuzure' technique. Nail is chased , and weavers use their small chases to draw weft threads. They weave one thread by one thread with nails.

To make patterns, different color weft threads are used, and weaver must change the weft at the boundaries of colors. Warp threads are all covered with weft threads. Its weaving process is as if drawing picture with weft threads.

I tried to take pictures of motions, but their finger motions are too speedy, and I couldn't. However how their motions are quick, it takes a month to complete a small fukusa ( approx 18cmx 18cm - 7.1in x 7.1in) . To make enough size fukusa with colorful pattern, it will take more than three months. In addition, weaver need 12 years training to reach professional level.

Tsume tsuzure weave technique must be one of the most sumptuous textile in the world.

If you look the tsume tsuzure fabric closely, you can find small holes in the boundaries of colors as the left photo shows. They are called 'hatsurikou', which is the distinctive feature of tsume tsuzure weave.
There exist machine-woven tsuzure fabrics. They never have 'hatsurikou', so you can easily distinguish real tsume tsuzure from machine woven one.

 Artisan profile  

 "All artisans have been trained more than 12 years "
When I visited factory, three female artisans were weaving fukusa sedulously.  I thought I knew how they weave with nails, but I could not help to be astonished to see their incredible works closely.

"Saw-edged nail is the life of tsuzure weaver"
They make approx 8 cuts in one nail. Nails of fourth finger and third finger of both hands are cut and used for weaving. Weavers have to care for their nails everyday. Those cuts are very delicate, and its condition determine the quality of textile.
To keep this saw-edged nails, weaver's ordinary life is also affected. They have never manicure, even if weavers are young unmarried lady. They devote their lives to tsume-tsuzure weave.

"One day weaving makes textile longer only 1cm - 3cm!"
With one day weaving, textile becomes longer only 3cm-1.4in, and if the pattern is complicated only 1cm-0.4in is added.
They put the design paper under the threads, and weave from the other side.

"Weaving motion is incredibly quick "
I tried again and again, but I couldn't take pictures how they use their nails.

"Check the right side with mirror"
To check the right side, weaver uses mirror

Il faut insister sur l'aspect sacerdotal de cet enagement dans le Tsume Tsuzure. Les jeunes filles ne pouvant se servir de leurs doigts pour autre chose au risque de gâter leurs ongles qui leur servent à tisser, toute vie conjugale leur est interdite.


Une journée de tissage, même avec leur extrême agilité, donne 1 à 3 cm de tissu...